Janvier 2019
la brèv‘ aralya
Prix Aralya / Figuration Critique 2018
BERG - Ses envoûtements d’étendue par Christian Noorbergen
Dans sa formidable et dense unité, la peinture envoûtée de Berg absorbe contours et limites. Elle embrasse le monde, et l’enchante, œuvrant à cœur dans l’effacement des plaies mondaines, ne laissant que la trame enfouie de ses peintures immaculées. Monde flottant des voiles, des silences et des rêves. Dans ces couleurs noyées, vécues et bues de l’intérieur, tout semble sourdre d’immobiles profondeurs. Dans ces élémentaires fusions de matière et d’univers, l’opacité règne. L’insondable et l’intemporel
voyagent hors des limites vieillies du dicible et de l’énigme. La nature est originelle, archaïque, et comme envoûtée du dedans, “un rien figée, en suspens...“ dit Berg, qui sans fin s’abandonne à l’absence, et s’immacule. C’est la genèse enchantée d’un monde crépusculaire que peint Berg, dans l’étrange univers à merveilles de l’inguérissable enfance. Ainsi le chant du monde se fait lancinant. Plus rien ne se passe, et tout pourrait arriver. Dans ces territoires hantés, une lumière aiguë serait blessure. Les magiques paysages à mystère de Berg, sont purs talismans d’étendue, reconstruits selon les lois inconnues de l’espace intime, et toujours “en attente de quelque chose...“ Eclairés d’une étrange et rare lumière d’outre-monde, ces lieux d’intimité sont stupéfiés d’exister si intensément. Art explorant les grands archétypes terrestres de la montagne, de la vallée, de la rivière et de la forêt. Peinture assourdie de terre troublée, de larmes de silence et de sol incertain, sur fond d’âpre et discrète mélancolie, la durée hibernante s’est faite poignante
et soignante. Rendue à l’illimité, l’étendue respire. Tout est en suspens, et les non-dits précaires, secrets et lointains, prennent la peinture pour espace, dans l’espace sans fond du fond de l’œuvre... Dans une fusion profonde, Berg atteint, comme autrefois Caspar David Friedrich, l’unité syncrétique des mondes, créant du spirituel à l’état latent. Les éléments s’unissent en brumes profondes qui dématérialisent le monde, œuvrant ainsi un espace symbolique flottant infiniment ouvert. Tout s’enfonce et tout renaît, exaltant la tension des demi-teintes qui s’étagent jusqu’aux lumières délivrées, quand la matière et les éléments se déploient sans limite. Elle s’invente encore des visages familiers et lointains, des êtres d’enfance absolue qu’un destin d’humanité habite. Masqués d’étrangeté, ces visages doux et implacables imposent leur insidieuse, contagieuse et presqu’inquiétante proximité. Les paysages de Berg sont leurs miroirs d’infinitude.